Religions et Argent

Le personnel (imams)

Outre des lieux, l'exercice du culte a besoin de personnel. Notons toutefois que cette nécessité est moins nette pour le culte islamique que pour le culte catholique : le culte ne nécessite pas la présence d'une personne qui, comme le prêtre, a reçu une ordination qui lui confère un pouvoir particulier. Tout musulman peut diriger la prière et porter le titre d'imam d'une communauté si celle-ci le lui reconnaît.

Néanmoins, s'inspirant du modèle du clergé catholique, les autorités publiques ont parfois soutenu financièrement la mise en place d'un « clergé » islamique. C'est ainsi que l’État belge prend en charge les traitements des imams de 1er, 2ème et 3ème rang au même titre que celui des évêques, des curés et des vicaires. Le caractère direct de cette subvention est toutefois une exception ; lorsque des financements publics directs sont prévus pour le culte islamique, ils prennent le plus souvent la forme d'une enveloppe attribuée à un organe, à charge pour lui de la répartir. C'est le système mis en place au Grand-duché de Luxembourg, avec l'octroi d'une enveloppe annuelle à la Shoura, l'assemblée des communautés islamiques luxembourgeoises.

Si le soutien financier public du culte islamique concerne davantage les mosquées que les imams, toutefois les préoccupations liées au terrorisme islamiste et à la radicalisation religieuse potentiellement violente ont conduit la plupart des États européens à accorder une attention nouvelle à la personnalité de ces imams et en particulier à leur formation. Organiser et développer cette formation en Europe fait désormais l'objet de débats et de propositions dans de nombreux pays européens. C'est un des piliers des projets de construction d'un « islam européen ». Toutefois, ce projet se heurte à un principe fermement établi dans la plupart des États européens : la formation du clergé relève de la seule compétence des autorités religieuses. L'indépendance des Églises a, en effet, constitué le quid pro quo de la laïcisation des institutions, du retrait du religieux de la sphère des affaires publiques. Comment établir une exception pour le culte islamique ? L'obstacle est bien souvent autant politique que juridique, et les communautés islamiques étant elles-mêmes souvent réticentes face à cette immixtion des pouvoirs publics dans l'organisation du culte.

 

Les premières formations en théologie islamique sur fonds publics ont vu le jour dans plusieurs États européens. En Autriche et en Allemagne, elles sont insérées au sein des universités établies et en parallèle avec les enseignements de théologie catholique ou protestante. Il existe toutefois de réels obstacles et de fortes réticences à la mise en place de ce type de formations. C'est ainsi qu'en France, le projet d'un « concordat « avec l'islam en Alsace-Moselle, territoire qui échappe à l'application de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905, n'a jamais abouti. Il aurait permis de créer une faculté de théologie islamique localisée à l'université de Strasbourg, la seule université publique française à disposer de facultés de théologies (catholique et protestante). Mais le problème principal dont doivent triompher les universités européennes désireuses d'organiser des études de théologie islamique se trouve dans le recrutement des enseignants. Paradoxalement, le projet de former en Europe des imams impose dans un premier temps une collaboration plus étroite avec des institutions étrangères afin d'y recruter les enseignants.

Une autre difficulté réside dans l'impossibilité pour les pouvoirs publics d'imposer le recrutement d'imams diplômés de ces nouvelles formations aux différentes communautés musulmanes, même celles qui bénéficient d'un financement public : le principe d'autonomie des cultes s'y oppose. Aux Pays-Bas, entre 2006 et 2012, une haute école (la Hogeschool Inholland) a proposé une formation spécifique pour les imams néerlandais, surnommés dans la presse « les polder imams ». L'initiative a été abandonnée vu la faiblesse des débouchés qui s'offraient aux diplômés, les mosquées continuant à donner la préférence à des imams formés à l'étranger.

Dispenser des formations à caractère séculier aux cadres de l'islam est chose plus aisée à mettre en place. En France, où les pouvoirs publics se sont préoccupés de cet objet dès les années 1990, en raison de la perception d'un risque de radicalisation lié à la guerre civile algérienne, des formations diplômantes, focalisées sur la connaissance des lois de la République, ont été organisées dans plusieurs villes.

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