Femmes et religions : portraits, organisations, débats

Etudes de cas : polygamie, dot, mariage et divorce

A propos de la polygamie, Asma Lamrabet appelle à la relecture de la réglementation dans le contexte de l'époque : la tradition arabe qui permettait à l'homme de se marier avec plusieurs femmes ; le contexte de guerres au moment de la naissance de l'islam. Sur plusieurs points, explique-t-elle, les versets coraniques constituent un progrès : limitation du nombre de femmes ; protection des intérêts des prisonnières de guerres, des orphelines ou des veuves en évitant, spécialement à ces dernières, de subir l'humiliation d'être comprises dans l'héritage comme partie intégrante des propriétés d'un parent ou d'un proche, et aussi en obligeant les hommes à leur verser une dot, à ne pas les déshériter contre leur gré et surtout à être équitables envers elles. Asma Lamrabet en tire l'enseignement selon lequel le Coran désapprouve la polygamie et que cette désapprobation a été progressive. D'autres réformistes partagent cette interprétation et réclament l'interdiction de la polygamie.

Pour ce qui est de la question de la dot et du mariage, les prescriptions coraniques octroient à la femme la possibilité de choisir son époux, et ce dernier doit offrir à sa conjointe une dot qui constitue une sorte de droit économique. En ce sens, explique Asma Lamrabet, le droit musulman tel qu'il est présenté et appliqué ne respecte pas l'éthique coranique de l'union conjugale. Au lieu d'une relation égalitaire basée sur l'entente mutuelle, la concertation, la sérénité, l'amour et la bonté, il a instauré le concept d'obéissance.

Selon Asma Lamrabet, le divorce était une pratique très répandue chez les Arabes avant l'islam, et seul l'homme avait le droit de répudier sa femme. Avec la religion musulmane, dit-elle, le droit est devenu commun aussi bien à l'homme qu'à la femme. Elle dénombre trois cas de figure cités dans le Coran : « le divorce par consentement mutuel » ; « le divorce sur demande de l'époux » ; « le divorce sollicité par l'épouse ». Le premier cas qui, selon l'auteur, est conforme à la législation internationale, ne fut appliqué que récemment au Maroc. Elle salue cette initiative et la considère « comme l'une des innovations emblématique du nouveau code ». Elle précise cependant que le droit musulman traditionnel a passé outre mesure les règles du divorce telles quelles sont édictées dans le texte coranique et la sunna. La femme, quant à elle, fait toujours l'objet de maltraitance, d'abus et de chantage de la part de l'homme, en cas de demande de divorce.

L'héritage est le sujet tabou par excellence. Si en Tunisie des femmes ont manifesté en 2011 pour l'abolition des discriminations en matière d'héritage, au Maroc le chef d'un parti politique a provoqué la colère de certains conservateurs en appelant à l'ouverture d'un débat sincère sur plusieurs thèmes, dont celui-ci. Les références coraniques en la matière se trouvent principalement dans la sourate « Les femmes » (4, 11-12 et 4, 176). Asma Lamrabet donne une interprétation en faveur d'un partage égalitaire de l'héritage en se basant sur trois points : le degré de parenté, la position de la génération qui hérite et la responsabilité matérielle. Le droit successoral selon la tradition musulmane est très complexe, dans certains cas la femme hérite la même part que l'homme et parfois même davantage, cela dépend toujours du lien de parenté. Asma Lamrabet insiste par ailleurs pour situer le cas du partage qui octroie à la fille la moitié de ce que le frère va hériter, en cas de décès de l'un des parents, dans le contexte de la naissance de l'islam, époque à laquelle la responsabilité financière revenait toujours à l'homme. Cet état de fait paraît obsolète au XXIe siècle, si on considère le nombre croissant de familles dont le chef est une femme, et ce dans plusieurs pays musulmans.

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