Femmes et religions : portraits, organisations, débats

Une femme médecin, essayiste et son rapport au patrimoine musulman

Native de Rabat en 1961, Asma Lamrabet est médecin hématologue, spécialiste du diagnostic du cancer chez l'enfant. Elle a exercé de 1995 à 2003 en tant que médecin bénévole en Espagne et Amérique Latine. Elle est aussi écrivaine et directrice du Centre d'Etudes et de Recherches Féminines en Islam (CERFI) au sein de la Rabita Mohammadia des Ulémas du Maroc (théologiens musulmans), et ce depuis 2008. Engagée dans la question de la femme musulmane, elle a écrit en langue française plusieurs articles et livres comme Musulmane tout simplement (2002) ; ‘Aïcha épouse du prophète, ou l'Islam au féminin(2004) ; Le Coran et les femmes : une lecture de libération (2007) ; Femmes, Islam, Occident: chemin vers l'universelle (2011) ; Femmes et hommes dans le Coran : quelle égalité ? (2012).

Pour Asma Lamrabet, la situation des femmes est marginale aussi bien dans pays majoritairement musulmans que dans les pays d'Europe. Elle entend démontrer, à partir des sources sacrées comme le Coran et la vie du prophète Muhammad, que cette image stéréotypée si récurrente dans la mentalité des personnes est due non à l'islam comme idéologie et religion mais plutôt à trois autres sources. En premier lieu une culture universaliste discriminatoire vis-à-vis de la femme, quelles que soient son origine et sa religion. En deuxième lieu, à l'extrême diversité des cultures des pays musulmans. Et en troisième lieu, aux interprétations des commentateurs, des docteurs et juristes musulmans, qui par la force des choses ont fini par imposer leurs idées sur les sources reconnues qui fondent la religion.

Femme engagée, qui se présente comme « réformiste » de la condition de la femme musulmane, Asma Lamrabet entend envisager la problématique dans sa globalité, ainsi qu'elle l'indique dans Femmes et hommes dans le Coran : quelle égalité ? Elle prend en compte le contexte socioculturel des premiers siècles de l'Islam pour mieux assimiler tout le processus de l'évolution de la condition féminine. Elle explique que le texte coranique a constitué un bouleversement non seulement spirituel, mais aussi et surtout politique et social du statut de la femme. Elle considère que la position de celle-ci était plus avantageuse entre les VIe et Xe siècles qu'au cours des siècles qui suivirent y compris dans les temps contemporains. Elle entend montrer que l'islam des origines a constitué une réforme sociétale, en continuité avec d'autres religions, et que cette religion a, dès le départ, prôné des valeurs comme la raison, la liberté, la justice et l'égalité entre hommes et femmes. C'est ainsi, dit-elle, que le Coran a rectifié, réglementé ou banni certaines pratiques dans la société antéislamique comme l'infanticide des jeunes filles, l'esclavage, la polygamie, la dot, le divorce et l'héritage, entre autres aspects. Il a également, ajoute-t-elle, développé chez la femme une certaine conscience de soi qui l'a poussée à revendiquer ses propres droits auprès du prophète Muhammad.

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