Femmes et religions : portraits, organisations, débats

Quelques étapes d'une longue marche vers l'égalité

Allant plus loin que sa sœur aînée, Angelina Grimké revendiquera explicitement pour les femmes les droits politiques : rien n'interdit dans l'Ecriture sainte, écrit Angelina Grimké, que la femme ne gouverne un pays, qu'il s'agisse de la Grande-Bretagne (où règne depuis peu la reine Victoria au moment où elle écrit) ou des Etats-Unis d'Amérique (où il faudra attendre 2016 pour qu'une femme ait de bonnes chances d'être désignée comme candidate de son parti et, selon des sondages, élue présidente). Mais Angelina Grimké, pas davantage que sa sœur Sarah, ne prendra la tête du combat pour les droits politiques féminins.

Aucune des deux sœurs n'est en effet présente, en 1848, quand se réunit à Seneca Falls, petite bourgade de l'Etat de New York, une convention d'environ 300 personnes, issues pour la plupart des milieux protestants (quakers[1] , méthodistes[2] , presbytériens, épiscopaliens...), où l'on publiera – malgré de vives oppositions internes – un document réclamant le suffrage féminin, document qui est connu sous le nom de Declaration of Sentiments (ce dernier mot étant à comprendre dans le sens de « convictions »). Les leaders de cette convention, comme Lucretia Mott[3] et surtout Elisabeth Cady Stanton[4] , s'inspirent directement de l'argumentation qui a également nourri Sarah Grimké une dizaine d'années plus tôt. Formulée sous la forme d'une parodie de la Déclaration d'indépendance de 1776, la Declaration of Sentiments (Déclaration des convictions) affirme que la femme a autant de droit à revendiquer son indépendance et son égalité face à l'homme que le colon de 1776 en avait à revendiquer la sienne face à la puissance britannique. Aux Etats-Unis, le suffrage sera finalement accordé aux femmes sous la présidence de Woodrow Wilson (19e amendement de la Constitution, 1920), soit plus de 70 ans après la convention de Seneca Falls et au terme de très vifs débats. Quelques Etats avaient certes précédés les Etats-Unis dans cette voie (comme la Nouvelle-Zélande, l'Australie, la Norvège ou la Finlande), mais la plupart des autres suivront tout au long du XXe siècle. Il n'est ainsi pas interdit de penser que le fait qu'une grande puissance ait accordé le droit de vote aux femmes a joué un rôle clé dans la réalisation effective du suffrage « universel », de proche en proche, dans l'ensemble des démocraties de la planète. Avec celui d'autres acteurs du féminisme, le combat de Sarah Grimké, même s'il n'a pas porté sur la question du suffrage en tant que tel, aura donc, fût-ce tardivement, porté quelques fruits.

  1. Quakers

    Mouvement né au milieu du XVIIe siècle, dans le sillage de la Réforme, dont le culte est très dépouillé, mettant l'accent sur l'expérience intérieure, vécue dans le silence. Les quakers (officiellement la « Société des amis ») n'ont mis en place aucune hiérarchie.

  2. Méthodisme

    Église protestante née en Angleterre au XVIIIe siècle. Son fondateur, John Wesley (1706-1971) insiste sur l'expérience personnelle de conversion et la sanctification, c'est-à-dire la manifestation concrète de la grâce reçue par le croyant lors de sa conversion.

  3. Lucretia Mott (1793-1880)

    Prédicatrice quaker, figure importante de l'abolitionnisme et du féminisme.

  4. Elisabeth Cady Stanton (1815-1902)

    Militante féministe états-unienne, très active dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle dirige en 1895 et 1898 la publication des deux volumes de la Woman's Bible, ouvrage qui analyse les passages misogynes de la Bible sous un angle historique et conteste qu'on puisse tirer de ces passages une justification de la soumission de la femme à l'homme.

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