La violence domestique au Liban, et le positionnement des autorités religieuses - R. S. Chidiac et M.-T. Saliba

La violence physique

La violence physique se manifeste par une brutalité corporelle allant des gifles jusqu'aux viols.Ellepeut avoir des répercussions durables sur les enfants, ensuite victimes de dépressions ou développant à leur tour des attitudes agressives à l'âge adulte. Cette situation engendre un cercle vicieux de violence où la victime agressée devient à son tour agresseur.

Au Liban, les cas de femmes victimes de cette violence se manifestent de plus en plus fréquents. Dans ce cadre, nous allons relater quelques incidents tragiques de violence physique domestique sous prétexte de l'honneur et de la religion.Selon une étude de l'organisation Kafa[1] en 2010, financée par OXFAM[2] , Les femmes (échantillon de 18 ans et plus) sont violentées dans 96% des cas par des hommes.

Christelle Abou Chacra, chrétienne, a été maltraitée et battue par son mari. Ce dernier menaçait de la tuer et de tuer son fils. En février 2014, Christelle est décédée à l'âge de 31 ans, empoisonnée au Demol, dans des circonstances mal éclaircies. La famille de la jeune femme accusa le mari, de l'avoir empoisonnée et sa mère s'est portée partie civile contre lui. Le mari a été interpellé pour interrogatoire, puis laissé en liberté. Un an avant sa mort, Christelle Abou Chacra avait demandé un conseil juridique à l'ONG Kafa, « pour avoir des informations concernant les procédures des tribunaux religieux et la garde de son enfant », mais elle n'est plus revenue, expliqua Leila Awada, avocate et membre de Kafa (interview pour le quotidien francophone L'Orient-Le Jour). Puisque l'enquête se poursuivait pour déterminer les causes du décès, Kafa a proposé à la famille de Christelle Abou Chacra de poursuivre le dossier sur le plan juridique.En milieu chrétien, la violence en famille n'est pas tolérée quelles qu'en soient les causes. Mais, même en cas de mauvais traitement ou d'adultère,les responsables religieux chrétiens implorent la tolérance et le pardon entre les partenaires plutôt que le divorce qui reste un interdit majeur.

Maymouné Ahmad Abou Aayla, musulmane, a été retrouvée morte au domicile conjugal. Âgée de 20 ans, la victime avait une blessure au cou et des hématomes à l'arrière de la tête provoqués par des coups donnés à l'aide d'un objet contondant. Le principal suspect fut le mari. Arrêté par la police, il a échappé à la peine de mort après que la juge s'est référée à l'article 562 se rapportant aux « crimes d'honneur »et qui s'appuie sur l'article 252 du code pénal. Ce dernier stipule que le crime « non prémédité » accompli par un époux supposé trahi par sa femme est « excusé étant le résultat d'un excès de colère provoqué par un acte injuste, grave et dangereux de la part de la victime ». Dans ce cas, l'enquête a révélé que le crime est censé avoir été commis cinq ans après la découverte de l'infidélité de la femme.

Les associations de soutien aux femmes n'ont eu de cesse de contester ces verdicts justifiant la violence domestique commise contre des femmes sous le titre de« crimes d'honneur ». L'organisation Kafaa rapporté de nombreux récits de situations de violence domestique aussi dramatiques que celle de Christelle et de Maymouné. Les cas de femmes tuées par leur époux et les jugements juridiques cléments provoquent désormais un tollé dans la société civile et au sein des réseaux sociaux. Jusqu'en 2017, la législation libanaise n'a pas bougé sur ce point, en dépit de demandes répétées. La part du référentiel religieux dans les comportements violents d'une part, dans la gestion des conséquences des actes violents d'autre part, n'est pratiquement pas discutée. S'il y a une responsabilité, celle-ci est en général imputée aux « habitudes », aux « traditions héritées », à l' « idéologie patriarcale », aux « stéréotypes culturels », mais sans que jamais ces termes ne soient associés aux religions.

  1. L'organisation Kafa

    Organisation libanaise s'opposant à la violence (Assez) Violence & Exploitation. Fondée en 2005 à Beyrouth, Liban, avec un nombre de 25 membres. Voir également le travail d'Angela Sarraf : La violence à l'égard des femmes : ses origines, ses formes et ses conséquences graves. SOS sexisme, 2001.

  2. OXFAM

    Une confédération internationale de 18 organisations qui travaillent avec des partenaires dans plus de 90 pays pour mettre fin aux injustices au monde. Oxfam est présente au Liban, à Beyrouth depuis 1993.

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AccueilAccueilImprimerImprimer Randa Saliba Chidiac, Université Saint-Esprit de Kaslik (Liban) et Marie-Thérèse Saliba, Université de Montréal (Canada) Réalisé avec Scenari (nouvelle fenêtre)