Le diakonos, « pasteur » ou « servante » ?

Dans ce deuxième extrait, tiré de la lettre 14, Grimké fait valoir qu'à l'origine du christianisme, les femmes étaient mieux considérées qu'à son époque : elles pouvaient être pasteurs ou diaconesses et plusieurs n'ont pas reculé devant le martyre.

Voyons maintenant si les femmes ont effectivement exercé la fonction de pasteures sous le régime de l'Evangile. Philippe avait quatre filles, qui prophétisaient ou prêchaient. Paul appelle Priscille et Aquilas, ses aides, ou plutôt, comme dans le texte grec, ses collaborateurs dans le Christ Jésus. Divers autres passages pourraient être allégués pour prouver que les femmes continuèrent à être des prédicatrices et qu'elles sont nombreuses à avoir assumé cette noble fonction.

L'histoire ecclésiastique nous apprend également que des pasteures ont souffert le martyre dans les premiers temps de l'Eglise chrétienne. Dans les anciens conciles, on mentionne des diaconesses ; dans une édition du Nouveau Testament imprimée en 1574, on désigne une femme comme pasteure d'une Eglise. Le même mot que notre traduction commune rend par « servante », à propos de Phœbé en Romains 16, 1, est traduit « pasteur » en Ephésiens 6, 21, quand il s'applique à Tychique. Un pasteur avec lequel j'ai eu récemment le plaisir de converser faisait observer : « Ma règle consiste à expliquer l'Ecriture par l'Ecriture ; et je ne puis nier le ministère pastoral des femmes puisque l'Apôtre dit : ‘Viens en aide à ces femmes qui ont lutté avec moi POUR L'EVANGILE.' Par ces mots, il ne voulait certainement pas dire que ces femmes lui servaient le thé. »

Référence : Sarah GRIMKÉ, Lettres sur l'égalité des sexes (1838), introduction, traduction et notes par Michel Grandjean, Genève, Labor et Fides, 2016 (à paraître ; cette édition fournit un important appareil de notes).

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